J’espère avec quelques mots, un peu d’humour mais un peu de sérieux aussi, laisser une trace de cet épisode sombre et surtout vous distraire chers amis.
Comme vous (j’espère), je suis très consciente de la gravité de l’épidémie et j’aimerais pouvoir vous apporter un petit moment de légèreté.

lundi 13 avril 2020

Chapitre 14 : Quand tu as perdu ton chez toi


Mardi 17 mars, on sait que c’est la date où le confinement a commencé, mais on sait moins que c’est celui où on a perdu notre foyer. Retrouvé tu veux dire ? On était pour la majorité à la maison, disons que ça dépend des versions ;).
C’est le moment où notre joli salon à la déco soignée est devenu l’école mais surtout la cour de récré de nos enfants, la table de la salle à manger le nouvel espace de co-vorking tendanec etc. J’avais entendu parler de co-living récemment, quel visionnaire l’inventeur de ce concept.

Certains ont réellement quitté leurs logements. C’était la grosse question du moment : où va-t-on se confiner ? Quel est le meilleur plan ? Aller s’isoler à la campagne certes avec papa/maman (beau-papa/belle-maman) mais aussi grande villa/grand jardin, quitter la ville pour notre maison de campagne et risquer de transporter le virus, récupérer mamie qui angoisse au risque de la contaminer, rester seul (plutôt quel mal accompagné) dans ton 30 m2, prendre un chien (si tu anticipais les autorisations de sortie), emménager chez ce mec que tu viens de rencontrer mais qui a ce superbe 3 pièces avec terrasse (pari risqué mais compréhensible)…
Une majorité d’entre nous est quand même simplement resté chez soi, après tout ce n’était que pour 15 jours non ? (cette blague, et dire qu’on n’était même pas le 1er avril)

Nous voilà donc à la maison, prêts pour le télétravail. Enfin prêt, il y eu quand même un léger flottement (oui léger). Au boulot le vendredi, on avait récupéré en hâte un ordi (on n’a pas tous un portable hum) et photocopié ses docs (eh oui la magie du cloud ou du serveur n’a pas atteint toutes nos entreprises). Au début de la semaine suivante, on s’est donc attelés à la tâche, bien décidés à avancer sur la to do liste qu’on avait dans le pipe, à performer même si on était externalisés afin d’être corporate, rester proactifs voir même disruptifs.

On était depuis 5 bonnes minutes sur ce régime lorsqu’on a entendu (au choix) : « Papa, je comprends pas mes maths » (le grand), « Mama, popo » (le petit), « on a des pâtes pour ce midi ? » (l’homme), « je peux faire quoi pour t’aider » (votre mère qui est chez vous), « il faudrait faire un peu de ménage non ? » (votre belle-mère qui est chez vous), « vrouuuuuuummmm » (votre frère qui joue aux jeux vidéo), « Hommmmm » (votre amie qui fait son yoga) etc.
Effectivement il va falloir être disruptifs et imaginatifs mais pour organiser la vie de la communauté.

Après quelques jours (ou plus) on a quand même pris le rythme et tout s’est organisé car si on peut souligner quelque chose c’est que cette foutue pandémie elle a aussi fait ressortir le côté humain et gentil de beaucoup de personnes.
A la maison les choses et les espaces se sont donc répartis, au prix de quelques légères montées en pression, et chacun a trouvé ses occupations (qui son yoga du matin, qui son travail, qui l’épluchage de légumes pour midi, qui les courses, qui l’écriture de son blog etc.)… et tout allait bien dans le monde meilleur des mondes … mais bien sûr ! (on y reviendra promis)

Sociologiquement parlant, la situation était très variable pour chacun selon ses conditions de confinement. Petit récapitulatif relevé très soigneusement auprès de mon échantillon toujours représentatif de la population :
*L’espace que vous avez dans le logement. Déjà que le prix du m2 était élevé en ville mais subitement c’est devenu une info essentielle, recensée dans tous les apéros zoom.
*Le petit extérieur qui avait gonflé le prix de votre achat immo est désormais une source d’envie. On veut un balcon, une terrasse, un rez de jardin, un jardin, un terrain, un parc. On est jaloux.
*La taille de votre communauté et sa composition plus ou moins hétéroclite.
*La présence d’un mini-vous dans l’équation ainsi que la taille, l’obéissance et le degré de patience du dit mini-vous.
*La collaboration de votre tendre moitié, l’attentionné père de vos enfants, le mec qui bosse toute la journée avec son casque, le gars en conf call permanente dans la pièce d’à côté, le mal aimable avec qui vous partagez votre espace…
*Votre besoin de solitude/contact humain et votre capacité d’occupation/d’ennui (tout un sujet/ chapitre à venir ça)

Même si on aimerait bien se la jouer Mélodie du bonheur, je crains qu’à la fin ce soit plutôt comme dans Highlander : « Il n’en restera qu’un ».

vendredi 10 avril 2020

Chapitre 13 : Quand comme papi tu connaitras la guerre


Les autorités nous l’ont bien dit, c’est la guerre ! Enfin dit, redit et répété, au cas où le français serait dur de la feuille. Si tu te souviens ce qu’est un champ lexical oh lecteur cultivé, on était en plein dedans. Manu il en a usé voir abusé, entre « la mobilisation générale, la lutte, l’ennemi, etc. » La plume du président avant de se confiner, elle a bien travaillé.

Il y a de quoi vous faire paniquer quand tu entends des trucs pareils. Pourtant 3 phrases avant, il avait dit : « évitez l'esprit de panique ». Oh là là je suis perdue moi.
Surtout que selon où vous vous trouvez en Europe le discours était bien différent. Le 18/03, la 1e ministre belge y est à son tour allée de son allocution pour annoncer le confinement mais on était loin du message guerrier : « Prenez bien soin de vous ».
Le gouvernement français aurait-il voulu être plus impactant ? Aurait-il anticipé que son bon peuple pourrait être quelque peu indiscipliné ? Noooooooon.
Toutefois il reste modéré quand à l’autre bout du spectre, à la même période, on a la stratégie Boris Johnson et l’immunité collective. Si il savait ce qui l’attend (mais je ne spoile pas).

Heureusement, dans ce grand combat, notre gouvernement nous a promis de se donner : « De jour comme de nuit, rien ne doit nous en divertir. ». C’est beau cette abnégation, mais ce manque de sommeil ne serait-il pas la cause de belles boulettes qui ont déjà eu lieu et d’autres qu’on verra par la suite ? Presque, j’aimerais que ce soit ça, presque…


Dans la suite du discours, on est bien sûr revenu à la 1e ligne de front. « La Nation soutiendra ses enfants qui, personnels soignants en ville, à l’hôpital, se trouvent en première ligne dans un combat (...) Nous leur devons évidemment les moyens, la protection. Nous serons là. ». Aaaaaaaah bien !
A ce moment, certains d’entre nous ont pensé à notre Roselyne B., tant décriée en 2010 mais grâce à qui on avait 2 milliards de masques sous la main ! « Les masques sont un stock de précaution destiné à toute sorte de pandémie, et ce n’est pas évidemment au moment où une pandémie surviendra qu’il s’agira de constituer les stocks. » Chère prophétesse que n’es-tu restée auprès de nous.

Tes successeurs n’ont pas vu cela de la même manière et aujourd’hui on est en guerre. La loi de la jungle capitaliste ayant frappée avant l’attaque de Coro, les GI en blouse blanche (heu plutôt bleue non ? Faudrait repenser l’expression maintenant qu’on a l’habitude de les voir tout le temps sur nos écrans) doivent aller au combat armés de respirateurs artificiels/masques de plongée décathlon et de charlottes/slips jetables sur la tête.

Bizarrement, j’avais une autre image de la guerre ; mélange des images affreuses mais lointaines de massacres diffusées par le fameux objet du salon et d’un relent des questions posées à nos grands-parents quand on était petits, encouragés par l’instituteur (= professeur des écoles pour les jeunes, = la maîtresse pour les très jeunes) ou par notre prof d’histoire.

Alors qu’en 2045, quand on aura passé le COVID25 et qu’un petit bout d’homme viendra vous demander « Comment c’était papi/mamie la guerre en 2020 ? », on pourra expliquer qu’on a fait la guerre en jogging (bien moins classe que l’uniforme) mais on a une excuse c’est pour avoir le droit de sortir, qu’on combattait… l’ennui à coup de Netflix, DIY voir opéra à la télé pour les plus cérébrés, qu’à défaut de pistolet on avait toujours sur soi du gel hydro-alcoolique à dégainer, que dans la tranchée de notre cage d’escalier on pouvait être contaminé à tout moment etc.

Et puis, on a nos héros, à côté Jean Moulin et John Wayne peuvent aller se rhabiller, nous on a nos caissiers nos infirmiers, nos routiers, nos délivreurs delivroo, nos manutentionnaires casto etc. Ces métiers si mal aimés qui je l’espère garderont leur gloire même quand on sera sortis de ce bourbier. On espère que tous ceux qui applaudissent à 20h applaudiront toujours quand on leur demandera plus d’impôts pour améliorer le système de santé.

Ah un dernier petit détail que beaucoup d’entre nous n’anticipaient pas encore à ce moment-là, c’est que la guerre elle se faisait dehors, mais aussi dedans (vous les sentez venir les anecdotes croustillantes sur nos charmants foyers).

jeudi 9 avril 2020

Chapitre 12 : Quand Manu crève l'écran

Après toutes ces activités du week-end, on était surmenés. C’est presque plus fatiguant que le boulot tous ces préparatifs d’organisation. Vivement lundi. En plus on sera en télétravail, #jevaisglanderchezmoi croient certains.
Sauf que le lundi, c’était le stress, on était le 16 mars, on nous avait annoncé que Manu allait faire une allocution à 20h (bizarrement maintenant on peut employer ce terme, tout le monde sait ce que c’est, et hop point positif pour cette période). C’est bon signe vous croyez quand le président veut parler à la population tous les 4 jours ?

Ok il est jeune, il est intelligent, il est… beau (du moins par rapport aux autres dirigeants, et encore pas sûr) mais si on doit choisir on préfère tous les 4 jours se faire un épisode de la Casa del Papel (il y a du suspense et des drames aussi en plus).
Heureusement que c’est tombé sur notre jeune président, il articule bien et il est dynamique (spéciale dédicace à ma mamie). Imaginez si ça avait été Giscard ! Avec sa célèbre phrase : « Et dans ces temps difficiles, où le mal rôde et frappe dans le monde, je souhaite que la Providence veille sur la France, pour son bonheur, pour son bien et pour sa grandeur. Au revoir! », on aurait pas été bien barrés.

Enfin bref, de toute façon on n’avait pas le choix, on n’avait jamais vu Manu si souvent à la télé. Et même si tu l’as pas regardé, entre la radio, le web, les réseaux sociaux ou au pire tes amis, tu ne peux pas y échapper. Désolé ami de type 2 (rappel du chapitre 1 c’est celui qui souhaite se tenir à distance de l’info et vivre le moment présent) mais là tu as du t’y mettre, sous peine de te trouver confronté à la pire partie de téléphone arabe de l’histoire.

Le lundi donc, les gardes d’enfants étaient prévues, même si entre temps dans le week-end certains avaient senti le vent et changé leurs plans (bien vu). Jusqu’au soir, le suspense était insoutenable, ou pas. Peuple de France le chant de la liberté était maintenant coincé dans ta gorge et tu allais bientôt entendre le chant des confinés (jolie initiative sur le web, à écouter si vous ne connaissez pas).

Et puis 20h a sonné, on l’a vu surgir sur nos écrans tel un prophète des temps moderne ou un Cyril Lignac venu nous annoncer à quelle sauce on allait être mangés.

Comme on te l’a expliqué au lycée, dans toute bonne dissert, tu commences par l’intro : rappeler le contexte et les décisions déjà prises (et puis comme ça ceux qui sont un peu en retard, « viens vite chéri ça a commencé », ils ne seront pas perdus).

Un petit compliment pour la suite pour enrober le coup de fouet qui va venir : C’est bien vous êtes allé voter aux municipales (30 000 sur 35 000 communes ont ainsi renouvelé leur conseil, youpi quand c’est la crise c’est le moment de changer les autorités, c’est bien connu).
Mais vilains gens vous êtes sortis aussi sur les marchés, dans les parcs etc. , vous avez mis en danger la santé de ceux qui vous sont chers et vous ne respectez pas le travail galère des personnels de santé. Je ne sais pas si vous étiez allé au marché le week-end ou allé prendre l’air mais niveau culpabilisation on était bien là.

Et puis le verdict « Dès demain midi et pour 15 jours au moins, nos déplacements seront très fortement réduits. ». Donner une demi-journée pour organiser un truc pareil pourra paraitre à la fois trop short mais cela a été aussi assez long pour que certains puissent quitter la ville vers les maisons à la campagne. Dangereux car on transporte le virus mais dans 35 m2 avec la femme et l’enfant, laisser grand-maman déprimée seule chez elle etc. on ne sait pas bien ce qui est le pire niveau risque.
Parce que bien sûr 15 jours c’était une belle blague, sympa le poisson d’avril avant l’heure.

La recette de Manu comprend aussi un doigt de menace « il y aura des contrôles » (ah tout un sujet, on y reviendra), un soupçon de raison « Je vous demande aussi de garder le calme (…) esprit de responsabilité », une pincée de lien social « occupez-vous de vos proches (…) donnez des nouvelles » et un peu de positivité « Lisez, retrouvez aussi ce sens de l'essentiel (…) La culture, l'éducation, le sens des choses est important. » avant de nous amener au plat de résistance : C’EST LA GUERRE.

mardi 7 avril 2020

Chapitre 11 : Quand Booba et Kaaris font des courses


Ayant senti le vent du confinement (ça sentait pas la rose), nos cher français toujours prévoyants ont fait… des efforts pour moins se rencontrer (bof), des réserves de câlins pour après (pas vraiment, mince j’aurais dû y penser) mais de provisions oui !
C’est ainsi que la semaine qui l’a précédé mais aussi celle après l’annonce, les supermarchés ont vu déferler dans leurs étalages une nuée non pas de sauterelles mais bien d’humains razziant des produits. Peut-être qu’ils auraient préféré les sauterelles après tout… On fait

Je dis humains mais certains avaient perdus une bonne part de leur différence avec l’animal. La bataille autour de la nourriture reste un réflexe bestial (bienvenu sur la chaine « Animaux » chers amis). Nous avons tous en nous une part d’animalité mais même les hyènes ne se battent pas pour un morceau de viande quand il y a autre chose à consommer juste à côté.
A vrai dire, le problème ce n’était pas la viande. Tels de petit écureuils avisés, mais en moins mignons, l’homme avait décidé de faire des provisions. Et gare à qui voudrait l’en empêcher, il sort ses griffes et surtout ses poings.

Le gentil peuple français, qui n’était plus du tout gentil, est passé en mode « survivor » et a décidé d’acheter en masse… des pâtes et du riz. C’est la guerre on vous a dit, on va être rationnés, on doit acheter des denrées non périssables avant qu’on ne puisse plus du tout sortir etc.
Du coup go sur les boîtes de conserves, eh bien non pas trop. Ah oui c’est parce que les féculents c’est plus nourrissant. Mais alors pourquoi le rayon des pommes de terre est plein lui ? Un ami m’avait soumis une théorie intéressante : « c’est parce qu’il faut les préparer et en avance », c’est vrai qu’on va manquer de temps pendant le confinement.
Nous avons donc choisi le produit italien et le produit asiatique par excellence, comme ça c’est sur on ne va pas attraper le coronavirus ! Et puis ça va faire du bien aux entreprises de productions (j’aurais dû acheter des actions Panzanis moi)

Pourtant vos sources d’informations habituelles (la boîte noire du salon ou l’objet qui se trouve 50% du temps dans votre main) ont répété qu’il n’y aurait pas de rationnement, qu’il y avait des réserves de tout etc. mais ON SAIT BIEN que c’est de la publicité mensongère pour ne pas affoler la population.
Résultat des scènes d’anthologie dans les magasins, des queues interminables devant (ben oui on a droit à un nombre limité dedans on vous a dit), des engueulades et des coups (dedans et dehors, pas de jaloux)… Ils sont sympas tous ces gens qui ont donné de la matière aux sketchs des humoristes, ils ont donné de leur personne. Booba et Kaaris vous pouvez venir faire du recrutement pour votre prochaine bagarre d’aéroport.

C’est donc là qu’on a commencé à voir sur le web puis à recevoir de nos propres amis des photos du rayon pâtes du supermarché complétement vide (que celui qui n’en a pas reçu l’écho me jette la 1e pierre, une petite quand même s’il vous plait). Des images qui auraient pu être ajoutées par Spielberg dans une de ses superproductions catastrophe (que fera Hollywood de Coro d’ailleurs ?).
Sauf qu’on voit bien que les rayons d’à côté eux sont pleins…
Donc là soit tu attends stoïquement quelques jours soit tu y vas aussi, gagné par l’hystérie générale quitte à affronter une file d’attente de plus d’1 km. Et n’oubliez pas de respecter la distance sociale de sécurité bien sûr messieurs dames.

Vous avez donc fini par aller voir par vous-même…. quelques jours plus tard. Après vous être équipés pour cette opération commando avec votre sac à dos (pour transporter les courses), votre smartphone et vos écouteurs (pour attendre dehors), votre attestation de sortie (pour la police), vos baskets (si vous devez vous enfuir précipitamment) etc., vous êtes enfin sorti. A 12h30 car vous aviez un plan : « avec un peu de chance, les autres ils mangent ». Une fois dehors, moment de panique, auriez-vous dû prendre un masque (non le gouvernement a dit que c’était inutile), des gants (check du sac, ok j’ai mon gel hydro-alcoolique ça ira), votre livre (pour plus d’attente), votre veste (on a plus l’habitude de sortir), votre bombe anti-agression (pour les bagarres)... Aller c’est bon, en marche (mais sans Manu).

Personne dehors, serait-ce fermé ? Mais non, le vigile vous accueille même avec un grand sourire. Quid de la foule annoncée ? (forcément ils sont tous venus la semaine dernière).
Les rayons vont être dévalisés ? Pas du tout c’est la profusion dans le rayon frais, on a même une recrudescence du zéro gaspi.
Il va manquer pleins d’autres choses ? Ah bah non apparemment, même mes dosettes Dolce Gusto sont là (on est sauvés)
Puis soudain le drame vous apparait,  le rayon pâtes/riz vidé, le lait et les oeufs en moindre quantité. La catastrophe ! Du coup chéri ce soir c’est poisson sauce au beurre blanc et asperges à l’étouffée, on est mal !

dimanche 5 avril 2020

Chapitre 10 : Quand ton dimanche tranquille est devenu ton premier jour de confiné (ou presque)


Aaaaaaah on est dimanche ! Le jour de la grasse mat, des croissants, des retours de cuite, du nettoyage de le maison, des repas de famille, du seigneur… Peut-être mais ce dimanche-là, je crois qu’il nous avait oublié, depuis quelques temps en fait. Certes on est loin des sept plaies d’Egypte mais une bonne petite pandémie on en avait pas eu depuis bien longtemps. L’humanité elle aurait pas pris une direction qui te plait pas trop à toi là-haut ? Mais bon quand on y réfléchit, c’est pas une super stratégie pour regagner des fidèles sur ce coup, d’autant qu’ils peuvent plus se réunir auprès de tes envoyés (de quelques confessions que vous soyez). même le pape il va faire Pâques tout seul ou presque.
On peut défendre la stratégie de l’introspection et du travail sur soi-même mais au final quand on voit comment ça tourne, on ne va pas dire que ça améliore vraiment l’humanité. Mais je m’égare.

Dimanche 15 donc, le jour où tu as pris conscience que tu allais devoir rester chez toi avec ton bébé, ton mari, ton chien, ton chat et ton 2e enfant ou alors chez toi tout seul avec Netflix, ta console, ton oreiller, ton ordi et ton smartphone (l’outil indispensable du confinement).
Oui parce que tandis qu’on nous faisait le décompte et la promo des élections à la télé (elle est vraiment toujours allumée celle-là), la population française avait eu une grosse prise de conscience collective, on était dans la m*****. Certes celle-ci s’était émaillée sur plusieurs jours et oui certains ne l’auront jamais mais globalement on y était.

Donc après avoir passé un samedi à voir les amis, la famille, sortir etc (oh c’était le week-end hein), on y était pour de bon, les français allaient devoir limiter leurs interactions sociales, télé-travailler tout en gardant leurs enfants, rester à la maison et tutti quanti comme en Italie (ou presque). Il y a des exemples à suivre et d’autres qu’on n’aimerait mieux pas. Mais bon on ne nous avait encore rien dit (musique de suspense) … officiellement.
Et c’est là que tout a basculé (musique de drame), que les familles ont été appelées pour dire qu’on ne viendrait pas manger ce soir, qu’on a commencé à se renseigner sur les logiciels de visioconf, qu’on a recensé les provisions, qu’on a badé un moment et le pire, la soirée électorale de la télé, elle s’est transformée en un reportage mi élection/mi-coronavirus, joyeux mélange. On ne peut plus compter sur rien de nos jours ma bonne dame.

Ce fameux dimanche, les français terminaient aussi d’organiser la garde de leurs enfants. Et bien oui, parce que le jeudi, Manu il avait aussi annoncé la fermeture des crèches et des établissements scolaires  (annonce saluée d’un grand vivat d’ailleurs lors de ma fameuse soirée au bar, une table de profs ? Les pauvres si ils savaient pour les cours à distance… mais chut laissons les jubiler). Donc fermeture le lundi suivant, on vous l’a dit quand il se lance à prendre des mesures, il faut pas lambiner.
Heureusement Mu-mu (Muriel Pénicaud la ministre du travail, oui on les connait bien maintenant les membres du gouvernement) elle avait tout prévu. Le 13 les parents d'enfants de moins de 16 ans qui « ne peuvent pas recourir au télétravail » avaient droit automatiquement à un arrêt maladie. Ouf sauvés le peuple savait quoi faire de ses petiots. Certains ont même prévu une garde alternative (nounou, grands-parents etc.).
On avait quand même un peu tiqué, l’arrêt c’était quand on ne pouvait pas recourir au télétravail. Alors que sinon il est évident qu’on peut garder ses enfants en même temps (mais je n’irais pas plus loin, quelques anecdotes sur le sujet un peu plus tard).

Petit à petit, au cours de la semaine précédente, on avait entendu parler de télétravail autour de nous. La France, pays un peu en retard sur le sujet par rapport à certains de ses voisins européens (6% pour nous contre 14% aux Pays-Bas et en Finlande, oui je donne de l’info moi aussi), avait été encouragée à le mettre en place pour ses salariés. Manu avait même dit le jeudi : « Quand cela est possible, je demande aux entreprises de permettre à leurs employés de travailler à distance. Les ministres l'ont déjà annoncé, nous avons beaucoup développé le télétravail. Il faut continuer cela, l'intensifier au maximum." On rigole, on n’était tellement pas prêts pour ça !
Même dans les administrations, où ils avaient pourtant reçus des circulaires préparatoires la semaine précédente (chut je ne citerais pas ma source), ils n’avaient pas de quoi fournir du matériel à tous. Dans certaines entreprises, tout a été chargé dans la voiture du salarié qui était justement véhiculé ce jour-là et qui est reparti chargé de 3 personnes et leur matériel (toujours anonymat pour ma source). C’est beau la distanciation sociale.

Mais bon ça allait nous faire expérimenter le sujet et pourquoi pas faire évoluer les habitudes et les mentalités (quoi on peut rêver non ?).

vendredi 3 avril 2020

Chapitre 9 : Quand on a fermé ton bar préféré, ta boutique favorite et ouvert la porte aux survivalistes


On était encore bien, mais pas pour longtemps. Notre ami Manu il n’allait pas tarder à reparaître dans notre poste.
Mais d’abord, il a demandé à son copain Edouard Philippe de participer. Comme on était que deux jours après (le 14 mars si vous n’avez pas suivi) il fallait bien varier un peu les personnages. Et puis Ed. il a une bonne tête de mec sérieux. D’ailleurs on le verra parler souvent ensuite, encore plus que Manu, dans la salle de presse, devant l’Elysée… Faut varier les décors à défaut de varier les sujets.

Ce jour-là, les français ont vu apparaitre sur leur écran (de télé ou de smartphone selon) leur cher premier ministre qui lui, trouvait que « les premières mesures prises de limitation des rassemblements étaient imparfaitement appliquées ». Bizarre, il y a deux jours on nous a dit qu’on avait été bons sur les gestes barrière et tout non ?
Il y a eu trop de gens dans les cafés, dans les restaurants parait-il. Tu m’étonne, ils ont sentis le vent tourner, ils ont voulu en profiter. Et puis c’était le printemps, au premier soleil, hop tout le monde dehors ; phénomène millénaire, ou du moins séculaire. La pluie aurait certainement plus ralenti la diffusion de Coro (mais on y reviendra). Quoiqu’on avait aussi entendu qu’il pourrait ne pas résister à la chaleur… rumeurs, rumeurs.

Donc finalement entre ce samedi et le jeudi précédent, pouf nous voilà passés en stade 3 (aie aie aie).
Le problème on vous a expliqué c’est que « le virus circule librement dans l'hexagone ». Ah si on avait pu lui trouver une jolie combinaison orange (il parait que c’est le nouveau noir) ou le mettre en quarantaine, mais voilà Coro il se balade partout. Grosse surprise non ?

Du coup, le soir même, eh oui quand il se lance le gouvernement il ne faut pas lambiner derrière, ils annonçaient la fermeture dès minuit des lieux recevant du public non essentiels.
Dans votre bar préféré, à la boutique aussi (etc) ils avaient recruté un vigile pour compter le nombre d’entrées et respecter le nombre maximum autorisé. Incroyable ce que la profession avait vu baisser son taux de chômage en peu de temps (comme quoi il y avait des effets positifs). On en a vu devant toutes les portes, ou presque.
Eh bien pas pour longtemps puisqu’il fallait maintenant tout fermer.

Face à ce phénomène on a vu fleurir au cœur du patrimoine humain français plusieurs types de réactions (c’est parti pour une petite catégorisation, vous avez l’habitude maintenant) :
1-     Les paniqués, barricades et branle-bas de combat pour s’approvisionner en tout et ne plus avoir à sortir, jamais ou presque. On pourrait les croire issus de la classe des précurseurs (voir chapitre 6) mais pas que et pas tous. On a aussi vu se transformer certains des plus détendus voir certains nihilistes en des survivalistes chevronnés (dont on se moquait tant il n’y a pas si longtemps).
2-  Les raisonnables, où on retrouve une grande partie des précurseurs, on comprend, on s’organise, on suit les directives et tout et tout (c’est là qu’on espère avoir une grande partie de la population dans cette catégorie)
3-     Celui qui n’a toujours pas compris QUE C’EST GRAVE et qui continue à faire sa petite vie comme si de rien n’était, bon pas pour longtemps mais ça il ne le sait pas encore ; quoiqu’il trouvera toujours le moyen de faire comme il souhaite…
4-     Celui qui a bien compris mais qui va quand même aller faire une méga fiesta le samedi avant que tout soit fermé, parce que justement « c’est la dernière ». Dans le principe c’est pas ce qu’on vous a demandé mais ça dénoterait presque une certaine prise de conscience… ou pas.
Je suis sûre que cela vous évoque certaines personnes, non ?

Il faut savoir qu’à ce moment-là, ce même jour, en Espagne c’est une quarantaine quasi totale qui avait été décidée. Enfin, Pedro Sanchez leur annonce le droit de sortir pour aller travailler ou d'autres raisons de première nécessité comme acheter à manger mais « L'interdiction de circuler dans les rues […] est obligatoire à partir d'aujourd'hui » . Ouh petits joueurs les français à côté.
Et puis le verdict final, Berlin est tombé aussi (il y a vraiment des réminiscences de la guerre dans cette histoire). La fin de tout, même la « capitale de l’électro », des bars et des clubs branchés avait dû abandonner, et pourtant ils en avaient vu d’autres.
Au final (spoiler alerte) ils s’en sortiront quand même mieux.

Mais nous en France on avait autre chose, , on avait la résistance, nous le dimanche on avait les élections municipales, et ça ce n’était pas fermé.

mercredi 1 avril 2020

Chapitre 8 : Quand tu as vu Manu à la télé

A force, tu avais quand même fini par comprendre, le Covid19 on allait se le prendre dans les dents, ou dans le nez ou dans les muqueuses ou … On sait pas bien encore par où ça passe cette vilaine petite chose là.

C’est alors qu’une majorité d’entre nous a décidé de se fier au gouvernement, bon pas trop quand même, on reste des français réfractaires et manifestants. Mais pour une fois on allait pas descendre dans la rue pour protester contre un de nos problèmes (oui ça aurait pas été pratique avec les 1 m d’espace entre chacun pour faire le cortège).

Il faut noter qu’on avait déjà essayé avant, on est quand même pas si irresponsables. A travers la petite boite noire qui parle dans le salon (toujours elle), on avait entendu notre gouvernement : « Au moment où je vous parle la situation est maîtrisée. », « Il n’y a aucun risque sanitaire, la situation est sous contrôle. », « Il n’y a pas de raisons de s’inquiéter outre mesures », « les risques de propagation du virus dans la population sont très faibles »… Et on avait pu retourner à notre petite vie rassurés.

Mais bon depuis le vent a tourné, et c’est pas une douce brise de printemps qui s’annonçait. Alors, puisque nous sommes une grande nation démocratique, on a décidé de suivre nos dirigeants bien aimés, on les a élu quand même, c’est pour gérer. Petit peuple, aie confiance (tu l’entends la voix de Kaa là – référence cinématographique accessible uniquement à un public dédié).
En plus ils maintiennent les élections municipales donc ils doivent savoir ce qu’ils font (non ?).

Du coup, on a pris plus de précautions puis on a attendu, tel l’appel du général de Gaulle, l’apparition de Manu dans la télé. On était pas dupes, on avait bien compris (quand même on avait l’Italie sous les yeux) comment ça allait finir cette histoire, on avait bien devinés qu’on allait être confinés. En revanche ce qu’on n’avait pas compris c’est que c’était la guerre ! Rien de moins messieurs dames les français. C’est reparti comme en 14.

Mais je vais un peu vite, le 12 mars, on a d’abord eu une mise en bouche (non les restaus ça ne me manque pas non). Au départ, notre cher président il nous a presque filé un petit doute, est ce qu’on allait finalement passer à travers ? « Dans l'immense majorité des cas, le Covid-19 est sans danger »  Aaaaah youpi J
« … mais … » et tout était dans ce qui suivait ce petit mot car en fait si ! Bouuuuuuuh L

Une petite session cirage de pompes des personnels médicaux plus tard (et il y en aura beaucoup, en même temps vu ce qui les attendaient c’est pas cher payé, on y reviendra), c’était notre tour : « Tous, vous avez su faire face en ne cédant ni à la colère, ni à la panique. Mieux, en adoptant les bons gestes, vous avez ralenti la diffusion du virus et ainsi permis à nos hôpitaux et nos soignants de mieux se préparer. »
Aaaah tout est bien, tout est beau au pays des bisounours. Merci à ce cher peuple français, si respectueux des règles (c’est bien connu). Et tous en plus, aaaaah félicitons nous, range le tel et reprenons une tournée pour fêter ça ! Bah oui on était dans un bar du quartier avec des amis, on était jeudi. Je ne l’avais jamais vu si plein d’ailleurs (tiens ça ne colle pas vraiment avec ce qu’on vient d’entendre non ?).

Pour ceux qui ont écouté la suite malheureusement nous nous étions enjaillés trop tôt. Les vieux et les fragiles, ils ont eu ordre de rester à la maison (finalement ça ressemble vraiment à la mobilisation). Et puis on nous a dit que la propagation s’accélérait, que les personnes vulnérables devraient être hospitalisées, puis que finalement les jeunes seraient aussi touchés, que les hôpitaux devraient se développer, qu’il faudra faire de plus en plus de sacrifices pour gagner du temps, que l’économie va en prendre un coup… Bref que du très réjouissant, je vous avais dit après le « mais », c’était mauvais.
Quoique, au final on était toujours au stade 2, qui pour certaines évoque encore cette émission du week end où des beaux gosses en short pouvaient encore courir en groupe (ah c’était le bon temps).
On pouvait encore trainer au parc en famille, passer chez des amis… et même aller à des rassemblements de 99 personnes, on était bien.