J’espère avec quelques mots, un peu d’humour mais un peu de sérieux aussi, laisser une trace de cet épisode sombre et surtout vous distraire chers amis.
Comme vous (j’espère), je suis très consciente de la gravité de l’épidémie et j’aimerais pouvoir vous apporter un petit moment de légèreté.
Affichage des articles dont le libellé est teletravail. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est teletravail. Afficher tous les articles

jeudi 23 avril 2020

Chapitre 19 : Quand on a dosé le Chocolat/Lexomil/Guronzan/Travail


Plusieurs semaines ayant passé, on a dû s’adapter au mode confiné. La vie de la plus ou moins petite communauté de notre logement s’est organisée. Ça se gère grâce à la bonne volonté de tous (hum) ou peut-être grâce au savant mélange de Guronzan/Lexomil ou chocolat/alcool, que vous avez réussi à mettre au point. Le dosage ayant fait l’objet de plusieurs phases de test car devant s’adapter à votre situation personnelle.

Pour certains, grâce à cela vous réussissez maintenant à télétravailler (disons 50% du temps, c’est déjà bien), à empêcher ton tout-petit d’hurler pendant les conf calls hyper importantes de votre conjoint, à gérer le travail scolaire de votre enfant (grâce à un emploi du temps minutieux et une préparation des contenus, avec un coucher 1h du mat certes mais il faut ce qu’il faut - respect tout neuf pour la maîtresse), à faire les courses sans trop de stress (merci les créneaux de drive qui ont rouvert), à suivre votre programme de yoga tous les matins (enfin presque parce que le lever 6h30 c’est dur, rapport au coucher tardif, faut choisir), à préserver vos contacts sociaux au téléphone tout en courant après votre enfant (et hop d’une pierre deux coups avec l’activité physique)…
Bravo mais comment faites-vous ? Vous (ou votre conjoint) avez pris un arrêt de travail garde d’enfant OU vous (ou votre conjoint bis) êtes passé en chômage partiel à 10h par semaine OU vous êtes des supermans en puissance (si si il y en a).

A l’autre bout de la chaîne, c’est la version chômage partiel justement ou arrêt de travail/droit de réserve pour les personnes fragiles, sans le petit ni mamie. Là on utilise plutôt un dosage plus de Lexomil et moins de Guronzan car le challenge pour ces foyers là c’est le temps, le temps qui passe, qui passe lentement.
On se plaignait de ne pas avoir de temps pour nous, c’est fait … pour certains. Ils sont pas ravis bizarrement, pourtant ils ont maintenant tout le temps de se mettre au sport (oui mais limité je n’y reviens pas), prendre soin de soi (oui mais au 3e peeling dans la semaine, la peau est à vif), méditer (oui mais la musique de petit bambou sur mon smartphone est agaçante), cuisiner (oui mais on devient gros), voir les gens qu’ils aiment (oui mais en visio), se recentrer sur soi (oui mais on voudrait voir quelqu’un d’autre !)…

Alors on prend soin de son chez soi, on y est 100% du temps maintenant, ça vaut le coup. On a rangé le placard de l’entrée, de la chambre, de la cuisine, nettoyé lesdits placards, le frigo, le dessous de l’évier, le recoin derrière le meuble à chaussures, repeint le meuble du salon, réparé les poignées, refixé le porte-serviettes, commencé à jardiner… On s’est aussi tapé sur les doigts, cogné les genoux, cogné la tête, sali ses fringues, brûlé les mains…
Bref on va être beaux pour l’apéro visio de ce soir. Vite une sieste (la 3e de la journée) pour se refaire une santé et une bonne douche (ah bah non les français ont baissé leur niveau d’hygiène corporelle depuis le confinement). Ça va être bizarre le retour au boulot…

Revenons justement à ce fameux chômage partiel dont on entend l’écho chez beaucoup d’entre nous, mais qui contient pourtant une réalité sociale très variable. D’un côté, on a Mademoiselle Y qui doit travailler seulement 4h par semaine fixées le vendredi de 9h à 13h. Le reste du temps interdit d’utiliser le mail du boulot etc en cas de contrôle, mais bon quand même si tu pouvais jeter un œil tous les jours et communiquer par SMS ou appels intraçables ça nous arrangerait, et si tu souhaites tu peux te former en ligne pendant ce temps ou même travailler des dossiers de fonds, ça serait sympa ça aiderait la société par la suite (mais oui mais oui, tout à fait ce que va faire mademoiselle Y).
De l’autre on a Monsieur X qui travaille à 90% officiellement, mais ne compte pas ses heures, brief ses équipes, analyse ses retours clientèles, est en conf call 50% du temps etc.

Et si par hasard mademoiselle Y vit avec monsieur X dans un appartement toujours au hasard exigu, paf ça fait des chocapic. Ou en tout cas ça crée un décalage de rythme au quotidien qui certes sera fort intéressant à étudier pour les sociologues de l’avenir mais qui n’est pas fort agréable à vivre.
Mélangez les composantes X et Y, les temps de travail variables, les mini-vous courants au milieu, les personnes isolées, les familles recomposées etc. (sans compter les soignants et ceux qui travaillent sur site) et vous obtiendrez la composition sociétale de la France en avril 2020, un sacré m***** pour vivre tous ensemble. Finalement, heureusement qu’on est chacun chez soi non ?

lundi 13 avril 2020

Chapitre 14 : Quand tu as perdu ton chez toi


Mardi 17 mars, on sait que c’est la date où le confinement a commencé, mais on sait moins que c’est celui où on a perdu notre foyer. Retrouvé tu veux dire ? On était pour la majorité à la maison, disons que ça dépend des versions ;).
C’est le moment où notre joli salon à la déco soignée est devenu l’école mais surtout la cour de récré de nos enfants, la table de la salle à manger le nouvel espace de co-vorking tendanec etc. J’avais entendu parler de co-living récemment, quel visionnaire l’inventeur de ce concept.

Certains ont réellement quitté leurs logements. C’était la grosse question du moment : où va-t-on se confiner ? Quel est le meilleur plan ? Aller s’isoler à la campagne certes avec papa/maman (beau-papa/belle-maman) mais aussi grande villa/grand jardin, quitter la ville pour notre maison de campagne et risquer de transporter le virus, récupérer mamie qui angoisse au risque de la contaminer, rester seul (plutôt quel mal accompagné) dans ton 30 m2, prendre un chien (si tu anticipais les autorisations de sortie), emménager chez ce mec que tu viens de rencontrer mais qui a ce superbe 3 pièces avec terrasse (pari risqué mais compréhensible)…
Une majorité d’entre nous est quand même simplement resté chez soi, après tout ce n’était que pour 15 jours non ? (cette blague, et dire qu’on n’était même pas le 1er avril)

Nous voilà donc à la maison, prêts pour le télétravail. Enfin prêt, il y eu quand même un léger flottement (oui léger). Au boulot le vendredi, on avait récupéré en hâte un ordi (on n’a pas tous un portable hum) et photocopié ses docs (eh oui la magie du cloud ou du serveur n’a pas atteint toutes nos entreprises). Au début de la semaine suivante, on s’est donc attelés à la tâche, bien décidés à avancer sur la to do liste qu’on avait dans le pipe, à performer même si on était externalisés afin d’être corporate, rester proactifs voir même disruptifs.

On était depuis 5 bonnes minutes sur ce régime lorsqu’on a entendu (au choix) : « Papa, je comprends pas mes maths » (le grand), « Mama, popo » (le petit), « on a des pâtes pour ce midi ? » (l’homme), « je peux faire quoi pour t’aider » (votre mère qui est chez vous), « il faudrait faire un peu de ménage non ? » (votre belle-mère qui est chez vous), « vrouuuuuuummmm » (votre frère qui joue aux jeux vidéo), « Hommmmm » (votre amie qui fait son yoga) etc.
Effectivement il va falloir être disruptifs et imaginatifs mais pour organiser la vie de la communauté.

Après quelques jours (ou plus) on a quand même pris le rythme et tout s’est organisé car si on peut souligner quelque chose c’est que cette foutue pandémie elle a aussi fait ressortir le côté humain et gentil de beaucoup de personnes.
A la maison les choses et les espaces se sont donc répartis, au prix de quelques légères montées en pression, et chacun a trouvé ses occupations (qui son yoga du matin, qui son travail, qui l’épluchage de légumes pour midi, qui les courses, qui l’écriture de son blog etc.)… et tout allait bien dans le monde meilleur des mondes … mais bien sûr ! (on y reviendra promis)

Sociologiquement parlant, la situation était très variable pour chacun selon ses conditions de confinement. Petit récapitulatif relevé très soigneusement auprès de mon échantillon toujours représentatif de la population :
*L’espace que vous avez dans le logement. Déjà que le prix du m2 était élevé en ville mais subitement c’est devenu une info essentielle, recensée dans tous les apéros zoom.
*Le petit extérieur qui avait gonflé le prix de votre achat immo est désormais une source d’envie. On veut un balcon, une terrasse, un rez de jardin, un jardin, un terrain, un parc. On est jaloux.
*La taille de votre communauté et sa composition plus ou moins hétéroclite.
*La présence d’un mini-vous dans l’équation ainsi que la taille, l’obéissance et le degré de patience du dit mini-vous.
*La collaboration de votre tendre moitié, l’attentionné père de vos enfants, le mec qui bosse toute la journée avec son casque, le gars en conf call permanente dans la pièce d’à côté, le mal aimable avec qui vous partagez votre espace…
*Votre besoin de solitude/contact humain et votre capacité d’occupation/d’ennui (tout un sujet/ chapitre à venir ça)

Même si on aimerait bien se la jouer Mélodie du bonheur, je crains qu’à la fin ce soit plutôt comme dans Highlander : « Il n’en restera qu’un ».