J’espère avec quelques mots, un peu d’humour mais un peu de sérieux aussi, laisser une trace de cet épisode sombre et surtout vous distraire chers amis.
Comme vous (j’espère), je suis très consciente de la gravité de l’épidémie et j’aimerais pouvoir vous apporter un petit moment de légèreté.

jeudi 7 mai 2020

Chapitre 26 : Quand on a voulu soooooooortir


Fin avril, Confi on en était lassés, on commençait à ne plus en pouvoir, on en avait marre, on n’en voyait pas la fin, bref on en avait soupé. A la vérité mi-avril c’était déjà le cas, heureusement Manu avait annoncé une date de sortie de prison : le 11 mai.
On avait un petit doute puisqu’il avait rallongé de deux semaines en deux semaines (voir chapitre 17 et sa déception mortifaire) mais heureusement son ami Edouard nous l’a confirmé le 28 avril. C’était donc fait, on allait pouvoir DECONFINER, ce nouveau mot du vocabulaire français que votre dictionnaire ne connait pas mais qu’on a plus entendu en six semaines que n’importe quel autre.

Déception, on allait quitter les douillettes chaumières pleines d’amour, de tendresse, de discussions intéressantes, de folles soirées, de joies pétillantes, de diners inoubliables… où on s’était réfugiés ; bien sûr avec beaucoup de regrets. Heureusement, peut-être qu’on devra se re-confiner donc on referait tout exactement pareil (heu vous avez bien compris qu’il faut lire tout ça à l’envers ?)

Si arrivait cette fameuse VAGUE 2 (brrrrr ça fait frémir rien qu’à le lire), CETTE FOIS, on se confinerait juste avec son amoureux / juste avec sa meilleure amie / en groupe / en trouple / avec le chien / avec une pile de bouquins… et dans une maison à la verte / dans un appart avec terrasse près des quais / près d’un supermarché peu fréquenté / à côté des urgences… Des phrases à choix multiples car on l’a tous vécu différemment, mais tous en changeant notre cadre et notre rythme de vie et b**** ce n’était pas la panacée.

On va donc enfin quitter les posters d’adolescence de la chambre où on était rentré chez nos parents, arrêter d’être réveillés trop tôt par les ainés, de devoir réveiller trop tard les jeuuuunes, de gérer la vie de notre petite communauté, d’avoir des problèmes de réseaux, d’aller au restau via ubereats, au bar à cocktails via delivroo, pouvoir parler « en vrai » à une autre personne que son co-confiné ou soi-même ou son enfant, s’asseoir quelque part dehors, quitter la maison sans son attestation pour plus d’1h, pouvoir faire du vélo pour le plaisir, aller à plus d’1km de chez soi, arrêter les apéros visio qui font grossir pour de vrais apéros entre amis qui font grossir aussi…
Et le plus beau de tout (ou pas), on va arrêter de devoir chercher un chemin pour sortir en évitant les vues sur les toboggans des parcs fermés qui déclenchent un drame chez nos enfants. Eh oui Confi a des conséquences pénibles qu’on imaginait pas.

On était donc aussi joyeux que si Brad Pitt / Johnny Depp / Chris Hemsworth / Monica Bellucci / Penélope Cruz / Diane Guerrero  (faites votre choix selon votre préférence) s’était glissé en douce dans notre lit.
Malheureusement, il faut mettre fin à cette douce utopie. Pour ceux qui n’ont pas fait grec 5e langue au lycée, ce mot se traduit par « l’endroit merveilleux » et « l’endroit qui n’existe pas » et ça s’applique fort bien à ce que nous attendons tous impatiemment. Certes nous allons déconfiner mais nous devrons veiller à de nombreuses précautions et se limiter (on y reviendra dans les chapitres suivants).

Un léger soupçon pèse d’ailleurs sur le pourquoi de cette décision qui serait très probablement un mix entre ralentissement de l’épidémie (on n’a pas dit que c’était fini hein) et impératifs économiques (chômage partiel et arrêt payé c’est bien mais…) ET éviter le pétage de plombs des français.
Plus un petit doigt de « de toute façon ils vont sortir quand même ». Probablement pas faux quand on voit qu’après un confinement assez strict les 1e semaines, on avait vu un relâchement s’installer petit à petit chez certaines personnes à mesure que grandissait le ras-le-bol.
Le meilleur exemple en était le grand coup de filet policier qui avait eu lieu le week-end du 05/06 avril (oui oui on était loin de la fin du confinement) avec les tentatives de départs en vacances, malgré tout, des parisiens ; par l’autoroute, tant pis si on se fait attraper, on compte 135€ en plus sur le budget des vacances.

Bref, on allait donc déconfiner le 11 mai et on attendait impatiemment l’allocution d’Edouard et ses amis pour en savoir plus, le 7 mai après-midi, parce que de toute façon plus personne ne travaille alors pourquoi faire ça le soir ?

mercredi 6 mai 2020

Chapitre 25 : Quand on était tous solidaires

Coro puis Confi ou Confi puis Coro, dans un sens comme dans l’autre, ces deux-là nous en ont mis un bon coup dans les gencives, l’un plus à long terme que l’autre.
Pour beaucoup d’entre nous, ça a aidé plutôt soudain et à l’échelle d’une vie, personne n’avait imaginé qu’on pourrait vivre cela. Enfin un peu quand même si on se réfère à la SF et à toutes nos discussions de comptoirs sur la prochaine grande catastrophe du siècle (si si on en a des discussions évoluées). Certains pariaient sur un problème de nourriture planétaire, d’autres pour un crack boursier, une guerre nucléaire, une invasion de martiens, un coup de bouton rouge de Trump… Chacun ayant sa propre vision (impactée éventuellement par son degré d’ébriété).

Et puis un jour on s’est retrouvés avec Coro et comme l’avait joliment dit Manu mi-avril, ce fut un rappel de notre vulnérabilité, un « « ébranlement intime et collectif ».
Intime car on a tous du appréhender et apprendre à vivre avec cette réalité. On l’a vécu différemment mais personne n’y est resté indifférent. Chacun a répercuté l’inquiétude induite par ce nouveau paradigme dans des coups de blues, des moments de tension, des remises en question profondes.... Elle s’est exprimée de façon consciente mais surtout et souvent inconsciente (Qui ne s’est pas énervé pour pas grand choses ces derniers temps ? N’a pas remis en question ses choix de vie ? N’a pas eu des périodes de fatigue ? etc.)
Et scoop de l’année, Confi en a rajouté.

Collectif aussi car notre petite société se sentait bien à l’abri derrière son capitalisme, sa médecine moderne, son mode de vie développé, son individualisme etc. Eh bien « tu peux te brosser Martine » et c’est pas avec une barre de twix qu’on va arranger ça ; même si la consommation actuelle de chocolat des ménages induit une potentialité d’expérimentation de remède sur cette base.
Certains espéraient et espèrent encore que cette catastrophe pandémique va créer une prise de conscience  et que nous allons repenser notre société pour la rendre meilleure sur de nombreux aspects : pollution, éducation, santé, égalité etc ; d’autres sont forts sceptiques sur ce point et pensent qu’une fois que ce sera terminé, cela repartira comme avant (ah ce « avant » qu’est-ce qu’on en parle ! ) Alea Jacta Est et nous verrons ce qu’il en sortira.

Si je (re)réfère à l’avis du psychologue Boris Cyrulnik : « après chaque catastrophe humaine, il y a un changement de culture. » La hiérarchie des valeurs morales, sociales pourrait donc changer, et dans le fond beaucoup de monde l’espère, qu’on ne sorte pas de là avec un minimum de recul et de prise de conscience, m****. Mais dans quelle mesure, ça ?!

Pour ne citer qu’un exemple dans l’histoire, après la grande épidémie de choléra de 1348 qui a fait 1 mort sur 2 en Europe (ça vous rassure pas ça si vous comparez au stats du Covid ?), on a vu se développer la valeur et l’importance du foyer. Autre conséquence, le servage (pour rappel la vente du paysan avec la terre si vous avez séché ou oublié vos cours d’histoire) a peu à peu disparu et on a payé les travailleurs (forcément on manquait de main d’œuvre). Des changements sociaux et familiaux majeurs ont suivi cet évènement tragique. C’est le cas après chaque grande guerre, après chaque épidémie etc. L’homme aurait-il besoin de difficultés pour évoluer ?

En tout cas, pour l’instant on est face à une réalité certes pénible mais aussi où on redécouvre la valeur de l’humain. Notre cher président nous a même dit mi-avril : « Notre nation se tient debout, solidaire dans un but commun », d’après lui nous sommes tous solidaires, fraternels, unis. Alors certes ça tient beaucoup du discours de motivation des troupes (on vous l’a dit qu’on est en guerre ?) et puis bon si on vous dit que rien ne va et que personne ne respecte le confinement, ça ne va pas aider, mais il y a du vrai aussi.
On a vu fleurir les balcons (eh oui on a du temps pour ça aussi) mais surtout sur de nombreuses portes d’immeubles un petit mot proposant les services de gentils voisins pour aider les personnes fragiles (courses, pharmacie etc.), les services de livraison de petits cadeaux (saviez-vous que les chocolatiers qui ont proposé des déposes pour Pâques ont été si débordés par les demandes qu’ils ont dû décaler sur la semaine suivante), une soudaine bonne volonté des gens devant la possibilité d’un RDV médical (plus de grognements pour les aménagements, le temps d’attente...) etc.

Les sourires, l’entraide et l’aspect arrangeant ont pris une place plus importante dans notre société, alors espérons qu’ils y restent quand le rythme effréné du travail et les exigences économiques auront repris le dessus (vous croyez qu’on rêve ?).
En tout cas, depuis quelques semaines, nous sommes face à un système de gestion tout à fait inédit puisqu’on massacre l’argent et la rentabilité pour sauver des vies.

lundi 4 mai 2020

Chapitre 24 : Quand l’enfer c’est plus les autres


Quelques semaines après l’arrivée de Confi, on a découvert son 2e effet KissCool. Il n’y a dedans ni Kiss (on en a déjà parlé) ni Cool (si vous êtes détendus ?) mais plutôt une dose de No et de Body. En français : on ne voit plus personne.
Déjà Aristote avait pointé la chose, l’homme est un animal social. Alors certes au début de tout ceci, on avait autre chose à penser de plus urgent mais bien vite, assez vite, trop vite, pas trop vite, l’envie de relations sociales est venue nous tarauder et la jalousie pour ceux qui continuent à aller au travail sur site et « qui voient des gens » à pointer le bout de son nez.

Votre besoin de solitude/contact humain et votre capacité d’occupation/ennui a grandement à voir avec ce sentiment et est directement corrélé avec sa gradation. De même que votre qualité de respect pour le confinement mais admettons que vous le faites sérieusement, admettons presque tous…
On dira que plus vous êtes occupés, plus vous êtes casaniers, plus vous êtes solitaires, plus vous êtes avares de mots… moins c’est la m*** pour vous (sur ce point mais c’est déjà ça).

Bien sûr Confi ne nous a pas interdit la discussion, au contraire, d’autant que certains ont du temps à revendre pour cela. Pour preuve, les statistiques de discussions des applis de visio, de téléphone, de SMS, de chat… On ne sait plus par quel moyen communiquer pour se sentir mieux mais en tout cas on fait marcher la technologie et on apprend à nos ainés à le faire aussi (et hop encore un point positif de trouvé) ; pour preuve le sourire émerveillé de votre grand-mère qui a eu droit à son premier appel vidéo pendant le confinement (avec l’aide du voisin merci beaucoup).

On fait aussi marcher sa zone de frustration avec « le manque des gens en vrai », la maladie de l’année, dont une partie d’entre nous souffre encore plus après chaque écran noir. Nous voilà en régression, tels de jeunes enfants à qui il vaut mieux faire entendre la voix de sa maman absente au téléphone que de la lui montrer sur l’écran. Mr Psy au secours, heureusement vous avez ouvert de nouvelles consultations… on peut vous appeler sur Doctolib ou par Skype.

Afin d’aider une personne « fragile » qui ne doit pas sortir, on a pu avoir l’occasion de lui faire des courses, de lui apporter ses médicaments etc. C’était une bonne occasion de la voir ; derrière son masque, avec ses gants, à 3 m de distance, elle à l’intérieur, vous à l’extérieur, pas longtemps car on a pas le droit de trainer longtemps dehors… Frustration épisode 36.

On a quand même la possibilité de conserver un peu de vie sociale et de voir « des vrais gens » grâce aux commerces de première nécessité restés ouverts (ah en fait c’était ça la nécessité). Tu peux donc parler avec le caissier ou le pharmacien derrière la vitre en plexi qui le protège de tes postillons, mais pas trop longtemps car le nombre de personnes à l’intérieur est limité. Ou au vigile de chez casto, par gestes, derrière ton pare-brise (vous vous rappelez chapitre 15 ?). Alors dans un commerce de proximité avec le monsieur derrière son masque, mais niveau feed back c’est limité… Le mieux ça reste tes voisins de balcon, de palier, de grillage etc., on fait connaissance à 20h quand on applaudit les soignants, ou pas. C’est fou comme on apprend à apprécier ce qu’on a près de chez soi, ou pas.

Du coup, on regrette l’époque des petits villages où tout le monde se connaissait (nostalgie campagnarde quand tu nous tiens) et où lors de notre sortie activité physique moins d’1h, moins d’1 km on aurait pu croiser des connaissances, voir même comble de la chance des amis, de la famille.
Une seule solution s’offre alors à nous, on se donne RDV à Jardiland. Si si c’est ouvert pour qu’on puisse faire notre potager (commerces de première nécessité on vous a dit). On peut ainsi justifier l’augmentation de son rayon de déplacement en même temps que celui de l’autre personne, et par extension vos chances de pouvoir voir quelqu’un que vous aimez.
Jardiland " Faites pousser vos idées "

vendredi 1 mai 2020

Chapitre 23 : Quand on a encore trouvé des trucs à faire (la suite)


On est aussi bien occupés par les activités de la maison avec toute notre petite/grande communauté. On doit maintenant réaliser trois repas par jours, équilibrés et variés pour tous (sandwich vite fait du midi en solo, tu nous manques). Il y en a qui ont senti le vent car on a jamais vu autant d’idées recettes en ligne et sur les réseaux.
Par extension, trois autres activités sont entrées dans le top ten des occupations du confinement : la vaisselle, les courses et les poubelles. Ça se reproduit à une vitesse ces petites choses… Heureusement il y a un grand enthousiasme dans le foyer pour les deux dernières = synonyme de sortie à l’extérieur et de temps solo (le graal !)

Comme on regorge d’idées et d’occupations saines, on publie sur nos réseaux sociaux nos plus belles réussites DIY, nos ateliers bricolage, nos piles de chocolats, la sieste de notre chat… quelques photos pour montrer qu’on est vivants et souriants (au moins pour 2 min). On surfe sur facebook, insta, snap etc., les applis officielles de comment vivre sa vie par procuration ou de on fait quoi on s’em****. On va se changer les idées car on va seulement trouver 80% de références à Confi ou Coro, serait-ce dans l’ère du temps et l’esprit de tous ? Dans le meilleur des cas, c’est une photo de votre pote dans sa piscine ou devant son barbecue qui parle de son difficile confinement jusqu’à dans la majorité des cas des vidéos plus ou moins humoristiques, parodiques voir chantées sur le sujet.

Avec tout ça, on a explosé notre temps d’écran et déclenché un certain nombre de petits soucis de santé, mais qu’est-ce donc face au coronavirus, entre deux maux il faut choisir le moindre.
Toutefois, en cas de besoin, vous pouvez toujours consulter votre médecin. Ils nous l’ont dit sur l’email de doctolib, n’hésitez pas à prendre un RDV en visio, c’est que nos toubibs ils sont soit occupés par le corona soit en rade de boulot, alors on nous fait de la pub.
Pour s’occuper, prendre soin de soi et gagner du temps pour la suite (que de benefs), on peut donc faire ses check up depuis sa chambre. Par exemple, votre examen gynécologique sera beaucoup plus confortable en visio qu’en vrai.

On a aussi pu découvrir que certains s’ennuient tant qu’ils passent beaucoup de temps à méditer devant leur fenêtre et à l’occasion invectiver le promeneur qui n’est pas à 1m50 de sa voisine (mais c’est ma femme), les petits jeunes en bande qui ne respectent rien, le mr qui ne fait pas traverser son enfant sur les clous (ben quoi il ne faut pas oublier d’apprendre la sécurité routière)…
Ensuite par devoir civique, ils vont devoir appeler le 17 parce que si tout le monde ne prend pas ses responsabilités à quoi ça sert et on doit faire respecter l’ordre, la délation c’est pour le bien commun…
Enfin appeler ou envoyer des mails, des SMS, des tweets, et même des photos, tant et si bien que les forces de l’ordre sont difficiles à joindre pour les délits mineurs tels que coups et blessures, vols etc.
Renseignez-vous chers amis, il y a un numéro spécial pour les doléances du confinement, au moins appelez au bon endroit.

Au final, Confi nous a tout de même apporté une réflexion précieuse sur ce qu’on fait de nos vies et à quoi on veut les occuper. Maintenant on veut vite sortir pour pouvoir appliquer !
On a aussi vu se créer un beau réseau de solidarité, d’entraide et jamais tant dit aux autres qu’on les aime et qu’ils nous manquent. Pour preuve la surchauffe de votre téléphone portable avec tous ces appels, SMS, visio etc. et la reprise de contact avec des amis qu’on contacte peu ; l’augmentation des offres et des achats en livraison à domicile pour faire plaisir : fleurs chocolats et cie (appel anonyme à tous les conjoints, fils, amoureux secrets, amis attentionnés à ce sujet) ; la création de communautés pour jouer ou discuter en réseaux, par exemple une appli de scrabble pour jouer avec votre père et une amie jouant elle-même avec sa mère et la grand-mère de son compagnon et qui écrit GIN tout à fait par hasard sur votre partie…
On fait de grandes ou de petites choses pour rendre cette période plus agréable pour tous et on a été surpris plus de fois qu’on ne croirait par la gentillesse, l’aide arrangeante et l’attention des autres.

Coro m’aurais-tu redonné foi en l’humanité ? Oui pour une partie.