J’espère avec quelques mots, un peu d’humour mais un peu de sérieux aussi, laisser une trace de cet épisode sombre et surtout vous distraire chers amis.
Comme vous (j’espère), je suis très consciente de la gravité de l’épidémie et j’aimerais pouvoir vous apporter un petit moment de légèreté.
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samedi 18 avril 2020

Chapitre 17 : Quand ça a duré plus de 15 jours


Le confinement à force on s’y habitue. Pas avec plaisir, mais comme tout après la période de découverte, on est passé en rodage. Peut-être parce que personne n’a sérieusement cru qu’on allait en sortir en 15 jours (Quoi ? Mais si ça avait été annoncé le 16 par notre cher président). C’est qu’on est malins, grâce au dispositif de surveillance hyper-élaboré de notre salon, on pouvait voir que ceux qui avaient commencé avant, il y était toujours ! L’Italie bien sûr mais surtout Wuhan, nouveau centre du monde pour tous ceux qui scrutaient l’évolution de la pandémie. Le 8 avril, on les verra enfin sortir sur nos écrans, bras en l’air, smartphone à la main, on ne sait pas si ils sourient, ils ont des masques sur les visages. Bref on n’est pas sortis de l’auberge.


Pour ne pas trop faire durer le suspense, Manu avait quand même envoyé Edouard nous annoncer la grande nouvelle le 27 mars, c’était reparti pour 15 jours, jusqu’au 15 avril (la blague toujours, à Wuhan ils sont restés confinés plus de 2 mois). Plusieurs théories étaient en circulation sur cette stratégie gouvernementale discutable mais surtout discutée. Eh oui on ne peut plus se voir mais on n’a jamais autant parlé virtuellement avec tous nos amis.
Il y avait la version assez simple mais bien française du « le gouvernement ils nous prennent vraiment pour des débiles. » La version gentille : « Les gens seraient trop déprimés si on leur annonçait d’emblée que ça allait durer 2 mois, il faut y aller en douceur ». La version raisonnable : « Ça va durer au moins jusqu’à début mai cette histoire donc patientons ». Et la version moins raisonnable : « De toute façon moi je m’en fous le 1er mai je sors, le gouvernement ils nous prennent vraiment pour des cons » (oui c’est un dérivé de la première) etc.

Je vous propose une autre théorie, ils étaient trop sympas nos dirigeants, ils ont gardé le suspens afin qu’on puisse continuer à jouer tous ensemble à « C’est quand la date de fin du confinement », le pari devenu le plus populaire dans les discussions et sur les réseaux (il y a plus de tiercé, il faut bien remplacer). C’est beau une France qui se fédère autour d’un même sujet et qui travaille son argumentation avec une étude très pointue basée sur la date de la rentrée des classes, le niveau de déprime du peuple, le degré de contestation (du même peuple) etc. et quand même aussi l’avancée de la pandémie (on a toujours le macabre décompte aux infos au cas où on oublierait).

Et puis finalement le lundi 13, alors qu’on s’attendait à entendre jusqu’au 30 (mais si suivez 15 avril + 15 jours), on a revu Manu à la télé et il a changé sa stratégie et son fusil d’épaule (toujours en guerre comme vous savez), il nous a annoncé LA date, la libération, le 11 mai. Il est parti sur 4 semaines cette fois, joli challenge. Notre chef d’état-major s’est d’ailleurs lancé dans un plan beaucoup plus détaillé que certains d’entre nous ne s’y attendaient.
Après un point sur l’état du front, le lourd tribu humain payé, les approvisionnements, les réquisitions des chaines de fabrication, les saluts aux héros, les développements technologiques des armes etc,. on a appris LA date et surtout « qu’on va finir par l’emporter » (ouf on commençait à avoir des doutes).

Et voilà comment votre ami qui tenait le décompte des jours restants comme objet de plaisanterie pour les apero-visio (eh oui c’est toujours à la mode) a perdu sa private joke, tandis que tous les français se sont mis à faire un décompte digne de celui de TF1 un soir de nouvel an.
On attend donc LA date, ce 11 mai devenu très cher à notre cœur. On en ferait bien un jour férié mais bon en mai c’est un peu booké déjà, et puis le président du Medef il a dit qu’il faudrait se remettre au boulot au taquet et oublier ses congés (économie capitaliste le retour, on en frémit d’avance).

Bizarrement cette fois ci plus personne n’évoque la possibilité que ce soit repoussé. Au peuple de France en aurais-tu donc assez ?
Si on fait un rapide petit calcul : 16 mars-11 mai  = 2 mois, en tout cas ça nous rappelle quelque chose ce timing…

jeudi 16 avril 2020

Chapitre 16 : Quand Coro et Confi ont sauvé la planète


« Comment ça sauvé la planète ? Il nous a mis dans une belle m*** ! »
OK OK mais il y a quand même des bons côtés (oui on cherche le positif ces temps-ci, on en a besoin). Mais même en dehors de ça, il s’avère que Coro ou plutôt son corollaire Confi (le confinement) font du bien à la planète.

En avril 2020, quand on sort en ville (cette expression me rappelle de folles soirées snif mais là on parle d’activité physique ou de courses only, bref passons), le ciel est bleu, les oiseaux chantent, comme dit l’expression. Cette fois ci, pas pour cause de gaieté humaine mais littéralement. On dit aussi « la nature reprend ses droits » et on en a une belle démonstration. Mais si, une démonstration, comme dans vos vieux cours de maths : Moins d’activités humaines = diminution notable de la pollution environnementale + des émissions de gaz à effet de serre = c’est bon pour la planète.
C'est à se demander si cette pandémie ce ne serait pas un coup des écolos. D’autant que maintenant qu’on a perdu notre Greta égérie des réseaux sociaux au profit du professeur Raoult, même ses détracteurs préféreraient qu’elle revienne.

Un autre effet positif écologique, c’est que Coro a fait diminuer la production de pétrole (on dit merci Coro) et son prix (merci aussi Coro). Bien sûr il y a Confi donc on en a plus besoin mais les français qui se plaignent toujours du prix de l’essence devraient être contents non ? Encore un effet positif, on fait des économies. Début avril, en raison de l’arrêt de l’activité économique, le prix du baril était à son niveau le plus bas depuis 17 ans. 20 à 23 dollars selon le type – une chute de 53% en 1 mois, ça fait mal.
Les coûts de stockage restent de surcroît très élevés. On se trouve même avec des tankers qui ne savent pas où vider leur chargement. Heu là par contre on aimerait quand même bien éviter une petite marée noire en supplément (on dirait pas merci Coro).

Sans compter qu’on a souvent entendu que le virus ne se serait probablement pas développé sans le réchauffement climatique. Du coup on peut imaginer que ça va changer les mentalités à coup sûr, probablement, peut-être, heu  j’en suis pas sûre…
Surement dans le pays où la marmotte elle met le chocolat dans le papier d’alu mais dans le système capitaliste où c’est la machine qui le fait ? En 2008, au sortir de la crise financière, on avait assisté à un rebond des émissions donc la relance future pourrait s’avérer particulièrement polluante. L’Agence Internationale de l’énergie indique aussi qu’une récession pourrait faire baisser les investissements écologiques. Donc c’est pas gagné messieurs dames zut !
Toutefois le chercheur (donc un homme sage et éclairé) François Gemenne souligne que « En écornant le bilan économique de Donald Trump, par exemple, l’épidémie peut participer à sa défaite électorale. Ce qui serait plutôt une bonne chose pour le climat. » Et voilà on l’a notre effet positif durable pour la planète !

Notre absence fait aussi le bonheur de nos amis les bêtes. A l’abri du grand prédateur que nous sommes (volontaire ou involontaire), de nombreux animaux se lancent à l’assaut de territoires encore inexplorés. Nos restaurants sont fermés et nos RDV tinder annulés mais les leurs sont en plein boum.
Quoi de plus sympathique que d’emmener Mme Cerf faire du lèche vitrine dans les rues de Boissy-Saint-Léger, avec un peu de chance on trouvera même quelques douceurs à grignoter sur la route.
La bande des dauphins a elle pris le chemin du port sarde de Cagliari, de quoi consommer et s’amuser dans l'un des plus grands ports maritimes italiens. Mister sanglier a lui préféré profiter des beautés de Barcelone.
Les déclarations d’amour aviaires (non pas la grippe) n’ont jamais si bien pris. Ben oui il n’y a plus de friture sur la ligne, la com passe mieux. Du coup, «  certaines espèces rares vont peut-être trouver plus facilement un partenaire », c’est pas moi qui le dit, c’est la Ligue de Protection des Oiseaux.

Prenons un autre exemple (tout à fait au hasard), un français lambda qui sort (avec son attestation) pour faire son activité physique. Admettons que ce français habite à moins d’1km du lac d’Annecy (bon ok c’est pas le français moyen qui peut habiter là) et peut donc pratiquer son activité sur ses abords. Soyons clairs, déjà il a du bol, il a droit au ciel bleu et dégagé (on vous a dit qu’il est revenu), l’air pur (on vous a dit aussi) la vue sur le lac, mais aussi à la vue sur les… baleines ! Ah non ça quand même c’était un poisson d’avril du web (eh oui, on en a eu).

Confi est donc LE sauveur de nos amis les bêtes, enfin de celles qui sont dehors. Parce que des animaux on en a aussi dedans et pour eux c’est pas la même histoire, l’humain il a envahi leur territoire, et il squatte !
Prenons votre chat qui roupillait tranquille toute la journée dans votre appartement…avant. Maintenant il ne peut plus squatter son fauteuil préféré en paix sans être dérangé par l’enfant, l’enfant n°2, vous, votre conjoint etc. Non seulement il ne peut plus dormir tranquille qu’en se glissant dans un coin inaccessible du placard, donc suite à une escalade de tous les dangers plus de son âge ; mais en plus il n’y a plus moyen de s’entendre penser à ses croquettes en paix. Il devient un peu agressif et on impute ça à son agacement de voir tous ces oiseaux qui ont pris la confiance dehors (il y a même des cannes qui font la course avec les joggeuses dans Paris 11e) mais essayez de vous faire tripoter toute la journée vous.
Votre chat c’était le plus déprimé de tous quand il a su qu’on en avait jusqu’au 11 mai !

mardi 14 avril 2020

Chapitre 15 : Quand tu t’es cru dans Mad Max ou plutôt Je suis une légende


Histoire d’échapper un peu à la vie en communauté, on sort régulièrement « faire de l’exercice physique » et respirer le bon air frais devenu beaucoup moins pollué (mais ça c’est un autre chapitre).
On ne marche plus dans la ville tout seul et anonyme comme nous le chantait Jean-Jacques mais plutôt avec quelques flash-back de films post apocalyptiques en tête.
Les rues vides, animées seulement des quelques véhicules restants en circulation, les commerces aux rideaux baissés, les chantiers à l’abandon, les publicités restantes des activités d’avant… tout cela à un relent d’images que les férus de SF mais aussi les autres reconnaitront.

Sauf que cette fois tu n’es pas immergé dans la salle de ciné ou en train de jouer à Pandémie avec tes potes, c’est la vraie vie et le bordel ambiant il te saute au visage. Finalement tu aurais peut-être dû rester à la maison, là où ça vit.
Quand soudain un bruit, quelqu’un d’autre est là, il approche. Heureusement, tu es prêt, tel Will Smith dans tous les films du genre, tu dégaine tes armes : les gestes barrière ; et la distanciation sociale de plus d’1m (1m50 ? 2m ?), disons 2m50 au cas où. Quelques pas de côté donc et ouf il est passé en toute sécurité. Pour faire bonne mesure tu l’as même salué (sans embrassades bien sûr). Tu penses qu’il t’a souri en retour, tu n’es pas sûr car derrière son masque…

Tu reprends ta route quand un nouveau danger survient : une femme prête à éternuer. Tu te mets à prier silencieusement « Dans ton coude, dans ton coude ». Malheureusement elle n’a pas l’air de vouloir adopter cette solution, elle semble fébrile, serait-elle déjà atteinte ? Ouf elle sort son mouchoir (à usage unique bien sûr) et le jette dans la poubelle contiguë. Bravo madame, et lavez-vous les mains au plus vite.

Après toutes ces émotions, tu reprends ton souffle car tu vas bientôt arriver en zone rouge : les quais ; repère de joggers, familles avec poussettes, enfants en trottinettes, buveurs de bières indécrottables (et oui il y en a encore malgré tout). Heureusement on est en sécurité tout ce petit monde à son attestation de sortie.

Des photographes mais aussi des vidéastes ont capturés ces moments (c’est vraiment la guerre, on est déjà dans le devoir de mémoire). Ces images sont à la fois superbes et troublantes, notamment les montages tirés d’images de drones qu’on voit fleurir petit à petit sur chacune de nos villes (bizarrement ça marche moins bien sur les plateaux du Larzac).
Coro a réussi à réaliser le rêve de Mme Hidalgo, Paris vidé de ses voitures mais je ne suis pas sûre que c’est ça qu’elle avait en tête.

Heureusement, « tous les services essentiels à la vie de nos concitoyens resteront ouverts ». Ce qui comprend les supermarchés (assez calmes maintenant que tout le monde a fait des provisions), les boulangeries (on ne pouvait quand même pas priver les français de pain), les tabacs (heuuuuuuu), les pharmacies (pour les médicaments mais aussi pour déclarer les violences domestiques, eh oui très utile malheureusement !) etc.

Et puis les magasins de bricolage, riches en produits de première nécessite : tondeuse, peinture, barbecue... Le français améliore son intérieur (son extérieur si il est chanceux) pendant le confinement. Tu passes ta commande en ligne puis c’est parti pour la mission drive : tu as un créneau de RDV précis (c’est fini l’excuse des bouchons sur la route). Tu suis les banderoles de signalisations rouges et blanches délimitant LA zone. 1er check point, tu colles ton bon de commande contre la vitre pour le vigile, ouf tu as le droit d’entrer après un post-itage en règles de ton véhicule. 2e check point, post it validé, on te montre où tu peux attendre le colis (sans sortir du véhicule, zone de danger on vous a dit). L’agent t’apporte ton chariot et tu lui indique tes remerciements avec force sourires et pouces levés. Tu peux enfin sortir de la voiture pour brièvement charger ton paquet et te barrer au plus vite pour retourner à la sécurité de ton chez toi.
OUF la semaine prochaine, on essaye Jardiland.

lundi 13 avril 2020

Chapitre 14 : Quand tu as perdu ton chez toi


Mardi 17 mars, on sait que c’est la date où le confinement a commencé, mais on sait moins que c’est celui où on a perdu notre foyer. Retrouvé tu veux dire ? On était pour la majorité à la maison, disons que ça dépend des versions ;).
C’est le moment où notre joli salon à la déco soignée est devenu l’école mais surtout la cour de récré de nos enfants, la table de la salle à manger le nouvel espace de co-vorking tendanec etc. J’avais entendu parler de co-living récemment, quel visionnaire l’inventeur de ce concept.

Certains ont réellement quitté leurs logements. C’était la grosse question du moment : où va-t-on se confiner ? Quel est le meilleur plan ? Aller s’isoler à la campagne certes avec papa/maman (beau-papa/belle-maman) mais aussi grande villa/grand jardin, quitter la ville pour notre maison de campagne et risquer de transporter le virus, récupérer mamie qui angoisse au risque de la contaminer, rester seul (plutôt quel mal accompagné) dans ton 30 m2, prendre un chien (si tu anticipais les autorisations de sortie), emménager chez ce mec que tu viens de rencontrer mais qui a ce superbe 3 pièces avec terrasse (pari risqué mais compréhensible)…
Une majorité d’entre nous est quand même simplement resté chez soi, après tout ce n’était que pour 15 jours non ? (cette blague, et dire qu’on n’était même pas le 1er avril)

Nous voilà donc à la maison, prêts pour le télétravail. Enfin prêt, il y eu quand même un léger flottement (oui léger). Au boulot le vendredi, on avait récupéré en hâte un ordi (on n’a pas tous un portable hum) et photocopié ses docs (eh oui la magie du cloud ou du serveur n’a pas atteint toutes nos entreprises). Au début de la semaine suivante, on s’est donc attelés à la tâche, bien décidés à avancer sur la to do liste qu’on avait dans le pipe, à performer même si on était externalisés afin d’être corporate, rester proactifs voir même disruptifs.

On était depuis 5 bonnes minutes sur ce régime lorsqu’on a entendu (au choix) : « Papa, je comprends pas mes maths » (le grand), « Mama, popo » (le petit), « on a des pâtes pour ce midi ? » (l’homme), « je peux faire quoi pour t’aider » (votre mère qui est chez vous), « il faudrait faire un peu de ménage non ? » (votre belle-mère qui est chez vous), « vrouuuuuuummmm » (votre frère qui joue aux jeux vidéo), « Hommmmm » (votre amie qui fait son yoga) etc.
Effectivement il va falloir être disruptifs et imaginatifs mais pour organiser la vie de la communauté.

Après quelques jours (ou plus) on a quand même pris le rythme et tout s’est organisé car si on peut souligner quelque chose c’est que cette foutue pandémie elle a aussi fait ressortir le côté humain et gentil de beaucoup de personnes.
A la maison les choses et les espaces se sont donc répartis, au prix de quelques légères montées en pression, et chacun a trouvé ses occupations (qui son yoga du matin, qui son travail, qui l’épluchage de légumes pour midi, qui les courses, qui l’écriture de son blog etc.)… et tout allait bien dans le monde meilleur des mondes … mais bien sûr ! (on y reviendra promis)

Sociologiquement parlant, la situation était très variable pour chacun selon ses conditions de confinement. Petit récapitulatif relevé très soigneusement auprès de mon échantillon toujours représentatif de la population :
*L’espace que vous avez dans le logement. Déjà que le prix du m2 était élevé en ville mais subitement c’est devenu une info essentielle, recensée dans tous les apéros zoom.
*Le petit extérieur qui avait gonflé le prix de votre achat immo est désormais une source d’envie. On veut un balcon, une terrasse, un rez de jardin, un jardin, un terrain, un parc. On est jaloux.
*La taille de votre communauté et sa composition plus ou moins hétéroclite.
*La présence d’un mini-vous dans l’équation ainsi que la taille, l’obéissance et le degré de patience du dit mini-vous.
*La collaboration de votre tendre moitié, l’attentionné père de vos enfants, le mec qui bosse toute la journée avec son casque, le gars en conf call permanente dans la pièce d’à côté, le mal aimable avec qui vous partagez votre espace…
*Votre besoin de solitude/contact humain et votre capacité d’occupation/d’ennui (tout un sujet/ chapitre à venir ça)

Même si on aimerait bien se la jouer Mélodie du bonheur, je crains qu’à la fin ce soit plutôt comme dans Highlander : « Il n’en restera qu’un ».

vendredi 10 avril 2020

Chapitre 13 : Quand comme papi tu connaitras la guerre


Les autorités nous l’ont bien dit, c’est la guerre ! Enfin dit, redit et répété, au cas où le français serait dur de la feuille. Si tu te souviens ce qu’est un champ lexical oh lecteur cultivé, on était en plein dedans. Manu il en a usé voir abusé, entre « la mobilisation générale, la lutte, l’ennemi, etc. » La plume du président avant de se confiner, elle a bien travaillé.

Il y a de quoi vous faire paniquer quand tu entends des trucs pareils. Pourtant 3 phrases avant, il avait dit : « évitez l'esprit de panique ». Oh là là je suis perdue moi.
Surtout que selon où vous vous trouvez en Europe le discours était bien différent. Le 18/03, la 1e ministre belge y est à son tour allée de son allocution pour annoncer le confinement mais on était loin du message guerrier : « Prenez bien soin de vous ».
Le gouvernement français aurait-il voulu être plus impactant ? Aurait-il anticipé que son bon peuple pourrait être quelque peu indiscipliné ? Noooooooon.
Toutefois il reste modéré quand à l’autre bout du spectre, à la même période, on a la stratégie Boris Johnson et l’immunité collective. Si il savait ce qui l’attend (mais je ne spoile pas).

Heureusement, dans ce grand combat, notre gouvernement nous a promis de se donner : « De jour comme de nuit, rien ne doit nous en divertir. ». C’est beau cette abnégation, mais ce manque de sommeil ne serait-il pas la cause de belles boulettes qui ont déjà eu lieu et d’autres qu’on verra par la suite ? Presque, j’aimerais que ce soit ça, presque…


Dans la suite du discours, on est bien sûr revenu à la 1e ligne de front. « La Nation soutiendra ses enfants qui, personnels soignants en ville, à l’hôpital, se trouvent en première ligne dans un combat (...) Nous leur devons évidemment les moyens, la protection. Nous serons là. ». Aaaaaaaah bien !
A ce moment, certains d’entre nous ont pensé à notre Roselyne B., tant décriée en 2010 mais grâce à qui on avait 2 milliards de masques sous la main ! « Les masques sont un stock de précaution destiné à toute sorte de pandémie, et ce n’est pas évidemment au moment où une pandémie surviendra qu’il s’agira de constituer les stocks. » Chère prophétesse que n’es-tu restée auprès de nous.

Tes successeurs n’ont pas vu cela de la même manière et aujourd’hui on est en guerre. La loi de la jungle capitaliste ayant frappée avant l’attaque de Coro, les GI en blouse blanche (heu plutôt bleue non ? Faudrait repenser l’expression maintenant qu’on a l’habitude de les voir tout le temps sur nos écrans) doivent aller au combat armés de respirateurs artificiels/masques de plongée décathlon et de charlottes/slips jetables sur la tête.

Bizarrement, j’avais une autre image de la guerre ; mélange des images affreuses mais lointaines de massacres diffusées par le fameux objet du salon et d’un relent des questions posées à nos grands-parents quand on était petits, encouragés par l’instituteur (= professeur des écoles pour les jeunes, = la maîtresse pour les très jeunes) ou par notre prof d’histoire.

Alors qu’en 2045, quand on aura passé le COVID25 et qu’un petit bout d’homme viendra vous demander « Comment c’était papi/mamie la guerre en 2020 ? », on pourra expliquer qu’on a fait la guerre en jogging (bien moins classe que l’uniforme) mais on a une excuse c’est pour avoir le droit de sortir, qu’on combattait… l’ennui à coup de Netflix, DIY voir opéra à la télé pour les plus cérébrés, qu’à défaut de pistolet on avait toujours sur soi du gel hydro-alcoolique à dégainer, que dans la tranchée de notre cage d’escalier on pouvait être contaminé à tout moment etc.

Et puis, on a nos héros, à côté Jean Moulin et John Wayne peuvent aller se rhabiller, nous on a nos caissiers nos infirmiers, nos routiers, nos délivreurs delivroo, nos manutentionnaires casto etc. Ces métiers si mal aimés qui je l’espère garderont leur gloire même quand on sera sortis de ce bourbier. On espère que tous ceux qui applaudissent à 20h applaudiront toujours quand on leur demandera plus d’impôts pour améliorer le système de santé.

Ah un dernier petit détail que beaucoup d’entre nous n’anticipaient pas encore à ce moment-là, c’est que la guerre elle se faisait dehors, mais aussi dedans (vous les sentez venir les anecdotes croustillantes sur nos charmants foyers).